Le projet
La Suisse ! Voilà quelques années qu’elle est devenue mon lieu de vie, et je la découvre encore chaque jour comme si c’était le premier.
Avec ce projet, j’ai voulu partager avec vous une émotion qui vient de l’enfance : l’envie de tout regarder avec des yeux neufs, et ce sommeil qui ne vient pas, la veille d’une randonnée, tant on a hâte de se mettre en route. Mais aussi la richesse du patrimoine, et les petits trésors cachés qu’on découvre dans chaque ville.
Les cartes m’ont toujours fasciné. Les cartes Dufour, les vieilles cartes accrochées dans les gares : il suffit de parcourir du doigt le nom des lieux pour que l’imaginaire se mette en route.
Pour retrouver cette sensation, rien ne vaut le souvenir des vieux jeux de rôle de mon enfance, dont le graphisme épuré laissait toute la place à l’imagination. D’où une carte en low poly, faite de quelques facettes plutôt que de milliers de détails, et qui tourne aussi bien sur un ordinateur que sur un téléphone, dans un simple navigateur.
En arrivant en Suisse, j’ai été émerveillé par la diversité des paysages, mais aussi dérouté : se représenter l’espace, ici, n’a rien à voir avec ce que je connaissais en Belgique, mon pays natal. Longtemps, l’image que je me faisais des régions de montagne est restée très confuse. Au fil des randonnées, j’ai commencé à relier les vallées entre elles, et la haute montagne aide à prendre de la hauteur, au propre comme au figuré. Mais me situer à l’échelle de toute la Suisse restait assez hasardeux. Les applications de swisstopo et PeakFinder m’ont beaucoup aidé à comprendre le territoire. Je voulais pourtant aller un peu plus loin : une vue épurée, à l’échelle des vallées. C’est ainsi que le projet est né, avec une première carte très simple et quelques marqueurs pour se situer.
Puis je me suis dit qu’on pouvait pousser l’idée un peu plus loin, et lui donner un côté plus joueur, avec une montgolfière pour se déplacer sur la carte. La première était vraiment très moche, mais quelque chose s’était mis en route.
Le lendemain soir, je n’ai travaillé que sur la montgolfière : sa forme, sa façon de bouger, le bruit du brûleur et celui du vent pendant le vol. De fil en aiguille sont venus quelques bâtiments pour figurer les villes, puis les lacs, les rivières, les nuages, la nuit, l’hiver, la ligne de train IC1 qui relie Genève à Saint-Gall… Cela commençait à ressembler à un petit monde miniature, alors j’y ai ajouté des parcours à faire dans les villes.
En rassemblant les données, une chose m’a surpris : elles sont faciles d’accès, et gratuites. Le relief de swisstopo, les lieux de Suisse Tourisme, le réseau ferré de l’Office fédéral des transports… Il faut parfois demander une clé d’accès, mais c’est bien le seul obstacle. En Suisse, l’accès aux données ouvertes est exceptionnel.
Restait à donner une âme à ce petit monde. Je l’ai trouvée à Château-d’Œx, au Pays-d’Enhaut, qui lui a prêté son vocabulaire : la montgolfière, dont c’est la capitale suisse, et le papier découpé, qu’on y pratique depuis des générations. Le reste a suivi naturellement : les carnets, les tampons, les gravures, les coutures et les écussons du sac à dos.
Le papier découpé a rencontré le low poly : la Suisse de poche était née.
