Fleur jaune en forme de boule, dont les sépales jaunes, pareils à des pétales, restent refermés les uns sur les autres. Elle pousse en groupes dans les prairies humides et les pâturages de montagne, jusqu'à l'étage alpin. De petits insectes se glissent à l'intérieur de la boule pour s'y nourrir et la polliniser.
Fin mai, dans une prairie humide de montagne, des boules jaunes se balancent au bout de leurs tiges, serrées en touffes. Aucune ne s’ouvre, même en plein soleil : le trolle d’Europe garde sa fleur fermée comme un bouton.
Description
Ce qui ressemble à des pétales, ce sont des sépales colorés. D’après Info Flora, il y en a 10 à 15, d’un jaune vif, recourbés les uns vers les autres jusqu’à former une sphère. Selon une étude parue en 2015 dans la revue Ecology and Evolution, cette boule atteint 5 cm de diamètre et abrite une trentaine de carpelles, une foule d’étamines et de petites pièces qui produisent du nectar. La tige, dressée et simple, mesure 10 à 50 cm. Les feuilles sont découpées en lobes profonds et dentés, à la manière d’une main. Parmi ses noms allemands, Info Flora cite « Ankebälli », la petite boule de beurre.
Habitat
Info Flora le signale dans toute la Suisse, dans les prés et les pâturages humides, surtout aux étages montagnard et subalpin, plus rarement dans les collines ou à l’étage alpin. On le croise dans les prairies à populage, les prés fauchés de montagne et les pelouses calcaires fraîches. Ailleurs, cette plante arctique-alpine habite le nord et le centre de l’Europe et les montagnes du sud.
Cycle de vie
Une population fleurit presque d’un coup, pendant deux à trois semaines, et chaque fleur dure environ une semaine, davantage par temps de pluie. Comme il ne se féconde pratiquement pas lui-même, le trolle a besoin d’insectes, surtout de petites mouches du genre Chiastocheta : sept espèces en Europe, qui ne se reproduisent que dans ses fruits. Elles se glissent dans la boule pour manger, s’accoupler, pondre ou s’abriter du froid, et emportent du pollen au passage. Leurs larves dévorent une partie des graines, puis hivernent dans le sol. On a longtemps cru la plante liée à ces seules mouches. Mais en Pologne, l’étude de 2015 a suivi des populations qui les avaient perdues : ces trolles se reproduisaient à peu près aussi bien, et d’autres insectes, dont de petits coléoptères, y transportaient du pollen.
En Suisse
La Liste rouge ne le juge pas menacé à l’échelle du pays, mais vulnérable sur le Plateau. La Confédération ne le protège pas ; sept cantons le font, entièrement à Bâle-Campagne, à Schaffhouse, à Soleure et en Thurgovie, en partie dans le Jura, à Zurich et en Appenzell Rhodes-Intérieures. Il figure aussi parmi les espèces caractéristiques des objectifs environnementaux fixés pour l’agriculture.
Sources : Info Flora, fiche de l’espèce (d’après Flora Helvetica) ; T. Suchan et al., « Asymmetrical nature of the Trollius–Chiastocheta interaction », Ecology and Evolution, 2015.