Grande plante aux longs épis de fleurs rose magenta, qui colore en été les clairières, les coupes forestières et les éboulis. Elle s'installe vite sur les sols mis à nu, après un chablis ou un incendie. En fin d'été, ses graines munies d'aigrettes soyeuses s'envolent par milliers.
En juillet, là où des bûcherons ont ouvert une trouée dans la forêt, le sol a disparu sous une mer de hautes tiges coiffées d’épis rose vif. Quelques semaines plus tard, des flocons blancs flottent au-dessus : ce sont les graines qui s’envolent avec leurs soies.
Description
L’épilobe en épi, qu’Info Flora nomme épilobe à feuilles étroites, mesure 50 à 150 cm d’après Flora Helvetica. Sa tige droite et lisse porte de nombreuses feuilles alternes, étroites et pointues, longues de 8 à 15 cm, bleutées dessous et au bord un peu enroulé. Les fleurs, roses à pourpres, s’ouvrent en une longue grappe au sommet. Chacune a quatre pétales arrondis, jusqu’à 15 mm, quatre sépales plus sombres et minces, un style courbé et quatre stigmates qui finissent par se rabattre en étoile. Le fruit est une capsule finement duveteuse.
Habitat
Info Flora le signale dans tout le pays, du collinéen au subalpin, parfois plus haut, dans les clairières, les coupes, les éboulis et sur les rives. L’association végétale des coupes et clairières sur sol acide porte même son nom latin, l’Epilobion angustifolii. Plante pionnière, il profite de chaque ouverture de la forêt, qu’elle vienne d’une coupe, d’une tempête ou d’un incendie.
Cycle de vie
Vivace, il fleurit de juin à août. D’après la fiche du CREA Mont-Blanc, il émet de nombreux rejets à partir de sa souche et forme ainsi de grands massifs fleuris. À la fin de l’été, chaque plante libère d’innombrables graines minuscules, munies chacune d’une touffe de soies qui permet au vent de les emporter. En Amérique du Nord et en Scandinavie, il domine pendant plusieurs années les forêts brûlées, renversées ou coupées, rappellent les chercheurs de l’institut fédéral WSL ; les anglophones le nomment d’ailleurs « fireweed », l’herbe du feu.
En Suisse
L’incendie de Loèche, en Valais, l’a montré à l’œuvre. Allumé au soir du 13 août 2003, le feu a détruit au-delà de 300 hectares et environ 200 000 arbres. Le WSL a suivi la recolonisation sur 153 placettes de 200 m². Un an après le sinistre, l’épilobe poussait déjà dans près de 60 % d’entre elles, puis dans plus de 90 % dès 2006 ; au-dessus de 1500 m environ, ses peuplements couvraient des hectares. L’espèce n’est menacée dans aucune région du pays et ne fait l’objet d’aucune protection.
Sources : Info Flora, fiche de l’espèce (d’après Flora Helvetica) ; CREA Mont-Blanc, fiche Phénoclim de l’épilobe en épi ; WSL, page « Conséquences des incendies de forêts » ; Wohlgemuth et Moser, « Phönix aus der Asche », Bulletin de la Murithienne 126, 2009 ; Wohlgemuth et al., Merkblatt für die Praxis 46 sur l’incendie de Loèche, WSL, 2010 ; Université de Zurich, base de données des plantes médicinales et toxiques de l’Institut de pharmacologie et toxicologie vétérinaires.